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Nourredine
Garçon de 16 ans, 3ème professionnelle Services sociaux
Durée de l’accompagnement : de décembre à mai
Etat de la situation lorsque Noureddine m’est confié par l’école : en décembre 2009, Noureddine, 16 ans, est rencontré à son domicile alors qu’il cumule 11 ½ jours d’absences injustifiées. L’école est inquiète par ses mauvais résultats scolaires mais surtout par l’augmentation de ses absences injustifiées, alors que son comportement général est perçu positivement.
Travail effectué : en m’accueillant, son père dit d’emblée – hors de la présence de Noureddine - que la relation avec son fils est très conflictuelle : « Il ne travaille plus à l’école, ses résultats sont catastrophiques avec 35%, il n’en fait qu’à sa tête, il me ruine la santé. ». Il m’informe aussi que son fils est sous le coup d’une procédure judicaire; il est en effet poursuivi pour complicité dans une tentative d’effraction dans un véhicule et détention de cannabis, faits qui se sont produits en début d’année scolaire. En attente du jugement, Noureddine est suivi par un juge de la jeunesse qui lui a imposé des conditions (aucune absence injustifiée, amélioration des résultats scolaires, interdictions de fréquenter certains jeunes, consultation de la Cannabis Clinique) dont le respect lui autorise un maintien en famille, l’alternative étant l’IPPJ.
Le suivi de Noureddine se poursuivra jusqu’à la fin de l’année scolaire ; principalement sous la forme de rencontres individuelles mais indirectement aussi par des rencontres avec son père, des médiations familiales, une coordination régulière avec l’école et avec le délégué SPJ en charge de l’accompagnement de Noureddine.
L’absentéisme injustifié, qui continuera de progresser avant de se stabiliser au seuil du statut d’élève libre, masque une profonde crise individuelle chez Noureddine nourrie d’une dynamique familiale complexe et conflictuelle. Il lui sera difficile d’admettre une responsabilité dans sa situation scolaire, tout comme dans celle qui lui vaudra d’être jugé et condamné à des travaux d’intérêt général pour les faits qui lui ont valu une arrestation. Bien plus que l’école, accusée d’avoir commis des erreurs dans la gestion de ses absences, c’est surtout le juge de la jeunesse qui cristallise la colère de Noureddine. S’il en est là, dira-t-il « c’est la faute du juge (…) il est rentré dans notre vie, avant ça allait mieux et maintenant mon père ne me fait plus confiance ». Je l’apprendrai aussi, dans un passé récent Noureddine a été condamné à une peine de travaux d’intérêt général pour avoir été complice d’un délit. Cela fait ainsi plus de deux ans qu’il est suivi par le même juge. Une pression insupportable pour Noureddine, sans compter la déception que son père lui exprime quotidiennement; d’autant plus qu’il nourrit avec son père un rêve commun : qu’il puisse intégrer l’année prochaine une école sportive dont la fréquentation lui permettra de devenir un footballeur professionnel. La réussite de sa 3ème professionnelle est la condition minimale pour intégrer une classe de 4ème technique de qualification en humanité sportive.
Cela fait beaucoup pour Noureddine : attendre son jugement tout en subissant la présence régulière mais discrète d’un délégué SPJ, être perçu comme un délinquant par des membres de sa famille, devoir quitter l’orientation professionnelle dont sa mère dira « c’est pour les cons », réussir sa 3ème année pour se rapprocher d’un idéal partagé avec son père et surtout terminer son année sans absences injustifiées pour éviter un placement en IPPJ que le juge lui a promis s’il ne répond pas aux conditions imposées.
Quelques semaines après le début de mes interventions, la situation de Noureddine reste problématique. Ses absences injustifiées augmentent, l’école l’informe de son statut d’élève libre, ses résultats aux examens de noël sont catastrophiques et le climat familial est plus tendu que jamais. La démotivation de Noureddine est totale, il est proche de l’abandon, tout en ne comprenant pas l’acharnement du juge (qui reste pourtant discret) et la raison de l’augmentation de ses absences. L’intervention du proviseur de son école sera déterminante : il aidera Noureddine à justifier certaines absences qui ne l’avaient pas été (ex : certificats non remis) tout en soutenant ma démarche complémentaire à la sienne. Noureddine ne sera pas élève libre et découvrira que le rôle de son école est aussi de pouvoir aider au mieux un élève en difficulté, d’autant que dans ce cas-ci Noureddine n’avait pas respecté un contrat de régularité précédemment établi entre lui et son proviseur.
Mes interventions auprès de Noureddine concernent sa scolarité, sa procédure judiciaire et la dynamique familiale.
Au niveau de sa scolarité, il est d’emblée apparu indispensable de travailler la motivation réelle de Noureddine à vouloir la poursuivre en humanité sportive. Il s’agit de confronter le rêve de Noureddine à la réalité de sa situation. Est-ce lui ou son père qui est porteur d’un tel idéal ? A-t-il les capacités sportives nécessaires pour devenir professionnel ? Son niveau scolaire en 3ème professionnel est-il suffisant pour poursuivre une scolarité en technique ? Ce questionnement a régulièrement été posé à Noureddine. Ses réussites et échecs scolaires auront aussi été analysés, par matière, au regard du type d’attributions causales qu’il donnera pour les expliquer. Ce qui lui permettra de s’approprier une plus grande responsabilité personnelle dans ce qu’il vit à l’école (ses absences injustifiées, ses échecs scolaires) et en dehors de l’école (ses ennuis judiciaires). Noureddine prend ainsi davantage conscience de sa propre faculté de changement sur sa vie.
Mais il ne décolère pas. Il crie à l’injustice et exprime son ressentiment à l’égard d’un juge perçu à l’origine des difficultés que lui et sa famille traversent. Mes contacts réguliers avec le délégué SPJ (Noureddine en est informé) lui permettront de mieux comprendre les motivations du juge et ainsi de pouvoir l’aider à poser un autre regard sur sa situation. L’enjeu pour Noureddine est de découvrir que la cause de ses « problèmes » est portée par lui plutôt que par le juge. Une démarche difficile pour Noureddine qui entre-temps aura été condamné à une peine qu’il n’accepte pas malgré sa légèreté (quelques jours de travaux d’intérêt général dans un club sportif).
Il est apparu que les contradictions éducatives auxquelles Noureddine est confronté en famille ne lui sont pas très structurantes. Son père me confiera tout faire pour que son fils ne devienne pas un délinquant. Il suit sa scolarité de très près, « l’engueule souvent » et ne lui refuse rien financièrement : «Il me ruine » dira son papa en exprimant sa désolation et son impuissance face aux comportements de son fils qui mettent en échec l’idéal auquel il était promis et que ses frères et sœurs ont déjà atteint. Son père me dira aussi sa colère vis-à-vis de l’injustice et de l’acharnement dont fait preuve le juge. Les quelques rencontres individuelles que j’ai eues avec lui l’ont aidé à dépasser certaines peurs pour s’autoriser plus de cohérence éducatives avec son fils (congruentes à celles du juge !), au risque de déplaire à ce dernier et de devoir en assumer les conséquences.
Bilan à la fin de l’accompagnement : en mai, les absences injustifiées de Noureddine sont stabilisées, son comportement à l’école reste positif, ses résultats scolaires toujours en échec sont en amélioration et témoignent des efforts qu’il fournit. D’un point de vue scolaire, rien n’est encore gagné mais Noureddine sait qu’il pourrait encore réussir son année et que cela dépend de lui. Il découvre progressivement que ne pas devenir footballeur professionnel ne serait pas un drame familial et qu’il peut se permettre de déplaire à son père, mais d’une manière constructive. Sans le soutien de l’école et sans la collaboration du SPJ, Noureddine n’aurait probablement pas pu poursuivre sa scolarité aussi loin dans l’année.
Témoignage de notre intervenant en Motivation Globale

, la Fédération Wallonie-Bruxelles
, la Loterie Nationale
, avec l'appui des épargnants de la Banque Triodos 